Carnet de voyage · Suisse
Lucerne en 3 jours, vécus par une photographe
Le Pilatus par Kriens, la vieille ville et le Lion au coucher, le Bürgenstock — avec l'heure à laquelle chaque lieu se photographie vraiment.
- Ville
- Lucerne, Suisse
- Durée
- 3 jours pleins
- Voiture
- Utile le 3ᵉ jour
- Meilleure lumière
- Le matin
Trois jours à Lucerne, appareil au poing du lever au coucher. Une montagne à 2 132 mètres, une vieille ville médiévale, un lac, et une crête au-dessus de l'eau à trois quarts d'heure de route.
Les deux premiers jours se font entièrement à pied, en télécabine et en bateau. Le troisième, nous avons pris la voiture pour rejoindre le Bürgenstock — c'est plus souple, mais ce n'est pas obligatoire : bateau depuis Lucerne puis funiculaire, et vous y êtes aussi.
Ce carnet est ce que j'aurais aimé lire avant de partir : où aller, dans quel ordre, et surtout à quelle heure.
La seule règle qui compte
À Lucerne, la météo compte : la montagne se fait mieux le matin, même en plein été. Nous sommes montés au Pilatus l'après-midi — le sommet était dégagé, mais nous avions beaucoup étudié la météo à l'avance avec l'application la plus fiable que je connaisse : Meteoblue. Si vous n'avez qu'un créneau dégagé dans vos trois jours, mettez-y la montagne et décalez la ville.
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Jour 1 · le Pilatus
Monter par Kriens, pique-niquer en haut
Conseil : vérifiez la météo la veille de la montée avec Meteoblue pour plus de précision
On prend la télécabine à Kriens, en bas de Lucerne. Elle monte en deux temps : d'abord des petites cabines au-dessus des prés et des fermes, puis le grand téléphérique qui bascule au-dessus de la falaise et vous dépose au sommet.
Nous y sommes montés en début d'après-midi avec un pique-nique. Nous avons eu de la chance : les nuages étaient là, ils n'empêchaient pas la vue. Le sandwich au sommet reste une bonne idée, surtout pour gagner du temps pour visiter l'endroit.
En haut, il y a un vrai tour à faire : un chemin en boucle autour du sommet, des passages taillés dans la roche, et des chèvres et des bouquetins qui traversent sans prêter attention à personne.







Mes astuces
- Pas besoin de prendre le tout premier départ. Vérifiez la météo la veille avec Meteoblue : la mer de nuages se lève en milieu de matinée, donc si le ciel est dégagé, vous avez de la marge avant qu'elle ne monte.
- Dans la cabine, collez l'objectif contre la vitre et coupez le pare-soleil. C'est la seule façon de supprimer les reflets, et la montée offre les meilleurs cadrages de la journée.
- Pour les bouquetins et les chèvres, restez sur le chemin principal et attendez. Ils passent, et ils n'ont pas peur. Un 70-200 suffit largement : inutile de s'approcher.
- Prenez une polarisante. À 2 000 mètres le ciel et le lac saturent d'un coup, et c'est le seul filtre que le traitement ne remplace pas.
- Emportez le pique-nique. Une couche de plus aussi : il fait dix degrés de moins qu'en bas, même en juillet.
Jour 1 · Crémaillère & lac des Quatre-Cantons
Redescendre par le lac
L'heure : l'avant-dernier bateau de la journée
On ne redescend pas par où l'on est monté. La crémaillère du Mont Pilatus bascule de l'autre côté de la montagne, jusqu'au bord de l'eau Ensuite, un bateau ramène à Lucerne.
C'est ce qui fait de cette journée une boucle, et c'est aussi le meilleur moment photographique des trois jours : le soleil passe derrière la montagne, le lac vire au doré, et vous arrivez sur les quais à l'heure bleue.
Plusieurs de ces bateaux sont des vapeurs à roues à aubes d'époque. Il y a autant à photographier à bord que dehors.



Mes astuces
- Sur un bateau, montez la vitesse à 1/500ᵉ minimum. Le pont vibre bien plus qu'on ne le croit, et la stabilisation ne rattrape pas ça.
- Placez-vous à l'arrière. Le sillage donne une ligne de fuite gratuite vers la montagne, et personne ne passe devant vous.
- Les vapeurs à aubes ont des salles des machines visibles — laiton, bielles, vapeur. C'est la série la plus originale que vous rapporterez du lac.
- Gardez vingt minutes après l'accostage : l'heure bleue sur les quais est le meilleur moment de la journée, et tout le monde est déjà parti dîner.


Les images qui fonctionnent ne sont pas celles des plus beaux endroits. Ce sont celles où la lumière est arrivée au bon moment.
Jour 2 · la ville
Lucerne, du haut puis du dedans
Une journée entière dans la vieille ville. On commence par la regarder de haut, on la traverse à pied, et on finit au coucher du soleil.
Jour 2 · le matin
Le château et sa vue
L'heure : 9 h – 11 h, avant que la ville soit en contre-jour
Au-dessus de Lucerne, sur la colline du Gütsch, il y a un château devenu hôtel. On y monte par un petit funiculaire, en quelques minutes, et la terrasse du café ouvre sur toute la ville : les toits, la Reuss, le lac et le Pilatus derrière.
C'est le meilleur endroit pour commencer la journée. Un café, vingt minutes de repérage, et vous savez exactement où vous allez descendre ensuite.


Mes astuces
- Montez avant de descendre. Vingt minutes de vue d'ensemble vous font gagner deux heures de marche au hasard dans la vieille ville.
- Depuis la terrasse, sortez le téléobjectif. La belle image n'est pas le panorama complet : ce sont les toits serrés, les tours des remparts et le pont isolés au 135 ou au 200.
- Le funiculaire est minuscule et vitré. Placez-vous en bas de la cabine, dos à la montée, et déclenchez dans la pente.
- Si le ciel est parfaitement dégagé au réveil, changez le programme et filez à la montagne. La ville se photographie très bien sous un ciel gris, pas le sommet.
Jour 2 · l'après-midi
La vieille ville, à pied
L'heure : avant 10 h ou après 17 h pour les ponts
Le Kapellbrücke est le plus vieux pont de bois couvert d'Europe, avec sa tour d'eau octogonale à côté. C'est l'image que tout le monde a de Lucerne, et c'est aussi celle que tout le monde rate : à midi, il est saturé et la lumière tombe à plat sur le bois.
Derrière, la vieille ville : le Weinmarkt et ses façades peintes, le Kornmarkt, les ruelles. Puis la Spreuerbrücke — l'autre pont de bois, plus petit, moins photographié, et bien plus intéressant : sa charpente porte une Danse macabre peinte au XVIIᵉ siècle.
Et au-dessus, la Museggmauer, le rempart et ses neuf tours. Plusieurs se visitent librement, et le chemin de ronde donne le meilleur panorama de la ville. Gratuitement.










Mes astuces
- Sur le Kapellbrücke, le meilleur point de vue n'est pas sur le pont : il est sur la rive nord, en amont. Vous prenez le pont, la tour et le Pilatus d'un seul coup.
- Les fresques du Weinmarkt sont hautes. Reculez et montez au téléobjectif plutôt que d'écraser au grand-angle depuis le pied du mur.
- Sous la Spreuerbrücke, la lumière est très basse. Posez l'appareil sur la balustrade — un point d'appui vaut mieux qu'un trépied qu'on n'a pas.
- Les tours des remparts n'ouvrent qu'à la belle saison et ferment en fin d'après-midi. Vérifiez l'horaire du jour avant de monter.
- Gardez une carte mémoire pour une série uniquement en détail : enseignes, fontaines, portes, mains. C'est ce qui donne du rythme à un article, pas les plans larges.
Jour 2 · le soir
Le festival, puis le Lion
L'heure : le Lion à la dernière heure du jour
En fin d'été, Lucerne vit au rythme du Lucerne Festival. Des concerts partout, dans la salle au bord du lac comme dans les églises, et une ville qui reste dehors tard. Même sans billet, l'ambiance des quais en début de soirée vaut le détour.
Et pour finir la journée : le Löwendenkmal. Un lion mourant taillé à même la falaise, en mémoire des gardes suisses tombés à Paris en 1792. Mark Twain l'a décrit comme « le plus triste et le plus émouvant morceau de pierre du monde ». Il n'exagérait pas.


Mes astuces
- Devant le Lion, ne cadrez pas la sculpture entière. Serrez sur la tête et la patte. L'émotion est là, pas dans le plan large que tout le monde rapporte.
- Le bassin devant le monument donne un reflet exploitable les jours sans vent. Descendez l'appareil à hauteur d'eau.
- Le site est ouvert et gratuit en permanence : on peut y venir à la toute dernière lumière, quand les groupes sont partis.
- Pendant le festival, les quais du soir sont un terrain de rue : tenues, instruments, groupes qui sortent. C'est là que se prennent les images vivantes, pas dans la salle.
Jour 3 · en voiture
Le Bürgenstock et le chemin de falaise
L'heure : milieu de matinée, le chemin est plein est
Le troisième jour, on sort de Lucerne. Le Bürgenstock est une crête posée au-dessus du lac, à trois quarts d'heure de route. Nous y sommes allés en voiture, car il pleuvait mais on peut aussi y monter en bateau puis en funiculaire depuis Lucerne, ce qui est plus long et plus beau.
En haut : un chemin de falaise taillé dans la roche, à pic au-dessus de l'eau. Puis une longue balade en forêt, silencieuse, où l'on ne croise presque personne.
Au bout du chemin, l'ascenseur Hammetschwand — une cage de verre accrochée à la paroi, le plus haut ascenseur extérieur d'Europe. Nous ne l'avons pas pris. Si vous y allez, prenez-le : il n'existe rien de comparable ailleurs.
Vu la journée pluvieuse, j'ai préfèré profiter de la nature et je n'ai pas pris beaucoup de photos.
Mes astuces
- La voiture n'est pas obligatoire. Bateau depuis Lucerne puis funiculaire : c'est plus long, mais l'arrivée par l'eau est infiniment plus photogénique que le parking.
- Sur le chemin de falaise, cadrez le vide plutôt que la vue. Une silhouette dans un passage taillé raconte la hauteur ; un panorama, non.
- En forêt, attendez les trouées de lumière et exposez pour elles. Le sous-bois doit rester sombre — c'est le contraste qui fait l'image, pas la clarté.
- Le chemin est orienté plein est : en milieu de matinée, le lac est en contre-jour et les crêtes se découpent les unes derrière les autres. C'est le moment.
- Chaussez correct. C'est une vraie balade, pas une promenade de belvédère.
Organiser le séjour
Météo, transports et cartes
Deux décisions déterminent le séjour : quand vous montez en montagne, et quelle carte vous prenez. Le reste s'improvise très bien.
Je ne l'ai pas assez dit : regardez la météo la veille au soir, pas le matin
Et bâtissez la journée dessus. La ville se photographie très bien sous un ciel gris ; le sommet du Pilatus, non. Si un seul de vos trois jours est dégagé, c'est celui de la montagne — et vous y montez au premier départ.
La carte de visiteur
Remise par la plupart des hébergements lucernois, elle donne les transports publics de la ville. Elle ne couvre pas les excursions en montagne, mais elle rend inutile toute dépense de bus sur place. Demandez-la à l'arrivée : elle n'est pas toujours proposée spontanément.
Le pass régional
Il couvre la région du lac des Quatre-Cantons : bateaux, montagnes, transports. C'est exactement le périmètre de ces trois jours : Pilatus, bateaux, et le Bürgenstock si vous y allez par l'eau.
Le pass national
Il n'a de sens que si vous enchaînez plusieurs régions en train : Lucerne puis Zermatt, ou un trajet panoramique longue distance. Sur un séjour dans une seule ville, il coûte plus qu'il ne rapporte.
Mes astuces
- Faites le calcul avant, pas sur place. Additionnez le prix des trois ou quatre excursions que vous ferez vraiment, et comparez. Le pass n'est rentable qu'au-delà.
- Les cartes donnent souvent la moitié du prix sur les remontées plutôt que la gratuité. C'est déjà l'essentiel de l'économie.
- Réservez les premiers départs en ligne la veille. En été ils partent complets — et le premier départ est exactement celui qui vous intéresse.
- La voiture ne sert qu'au troisième jour, et elle est remplaçable par le bateau. Ne louez pas trois jours pour en utiliser un.
- Un séjour photo se construit sur deux gros lieux, pas cinq. Ici : le Pilatus et la vieille ville. Le reste est du bonus.
Avant de partir
Les questions qu'on m'a posées
Trois jours à Lucerne, est-ce suffisant ?
Oui, et c'est le minimum : une journée de montagne, une journée de ville, une journée d'excursion au-dessus du lac. J'aurais pu largement passer plus de temps, minimum 1 semaine pour découvrir les montagnes autour.
Faut-il une voiture pour visiter Lucerne ?
Pas pour les deux premiers jours : tout se fait à pied, en télécabine et en bateau. Elle n'est utile que pour rejoindre le Bürgenstock le troisième jour — et là encore, le bateau puis le funiculaire font le même trajet, en plus beau.
Le Pilatus le matin ou l'après-midi ?
Le matin, sans hésiter. La mer de nuages se lève en milieu de matinée et le sommet disparaît dedans. Nous sommes montés l'après-midi : la vue était bouchée.
Monter au Pilatus par Kriens ou par Alpnachstad ?
Par Kriens en télécabine si vous voulez photographier la montée : les cabines survolent les prés et les fermes, et vous êtes au ras du paysage. Et vous redescendez de l'autre côté pour rentrer en bateau — la boucle est plus variée dans ce sens.
Le Pilatus ou Rigi ?
Le choix a été difficile. Nous avons opté pour le Pilatus pour sa beauté et sa proximité avec Lucerne ; logeant à Kriens, c'était le choix évident. J'aurais toutefois aimé un jour de plus pour le Rigi. Ce sera pour la prochaine fois.
Quelle est la meilleure période ?
De la fin du printemps au début de l'automne : les remontées et les tours des remparts ne fonctionnent qu'à la belle saison. Fin août et septembre ajoutent le Lucerne Festival, la meilleure lumière, et moins de monde qu'en juillet.
Quel matériel photo emporter ?
Un 24-70 couvre 90 % du séjour. Un 70-200 pour la montagne, les bouquetins et les façades. Une polarisante pour le lac. Le trépied ne sert qu'à l'heure bleue sur les quais.
Où photographier le Kapellbrücke sans la foule ?
Sur la rive nord, en amont du pont, entre 7 h et 8 h 30. Ou après 21 h, quand les lampes s'allument et se reflètent dans la Reuss.
Carmen-Laura Buisson
Photographe à Versailles et Paris, je photographie aussi les lieux : hôtels, ateliers, boutiques.
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